Les meilleures productions de l'atelier d'écriture du 5 juillet

Mémoires d'une confidente coiffeuse

Je m'étais endormie chez mes parents et voilà que dans un rêve, la coiffeuse de ma mère se mit à me parler.

Je suis arrivée là, dans la chambre de ta maman à ta naissance. ça fait 25 ans maintenant et je n'ai plus jamais bougé. Je suis bien placée entre les 2 fenêtres. Je profite du soleil de l'aurore jusqu'à l'aube. Et puis quelle vue sur le lit et sur le couloir qui mène aux chambres et à la salle de bain. Finalement j'ai une vue sur tout l'étage de ton enfance.

Ah quand tu es née, il ne faisait pas si calme içi. Tes parents poussaient des cris mais toi aussi. Tu es d'ailleurs longtemps restée t'endormir ici dans le lit de tes parents. Tu te souviens? Tu avais peur dans le noir, seule dans ta grande chambre.

Et puis les années passent, tu grandis et comme toute petite fille qui imite l'image féminine de sa maman, tu as commencé à te maquiller face à moi. J'étais pratique et docile n'est-ce pas? Tu bougeais le miroir de droite, puis le miroir de gauche afin de te voir dans un rayon de presque 360°.

Je suis devenue jalouse quand un miroir moderne s'est inscrusté dans ta chambre d'adolescente. Heureusement qu'avec ma grandeur, j'arrivais toujours à te faire rêver.

Malgré mon âge qui passe et malgré avoir entendu tes commentaires conseillant à ta maman de me changer de "look", mon expérience et ma serviabilité continuent encore de te refléter.

Hier encore, tu es venue te refaire une beauté.

Avoue que je te rappelle ton enfance dans cette maison que tu as vite quittée, avoue que tu ne trouveras pas d'aussitôt un si bel objet?

Alors, s'il te plaît, enlève cette idée saugrenue de vouloir me faire disparaître.

J'ai encore l'envie de te voir apparaître.

J'ai encore l'envie de sentir les odeurs parfumées.

J'ai encore l'envie d'entendre une génération se confier.

Il me semble

 

"Il me semble vous avoir déjà vu quelque part." Ce fût les seuls mots qu'il lança à cette jeune fille. Ils étaient face à face; il la regardait droit dans les yeux. Ses yeux sombres, rêveurs, sensuels. Un sourire timide était peint sur son visage. Le soleil jetait par la fenêtre quelques reflets dorés qui se mélangeaient tendrement à la noirceur de sa chevelure. Le bruit des vagues semblait tenté de les bercer. Ils ne disaient mot. Elle était tel qu'il l'avait laissée il y a si longtemps. Le parquet craquait à chacun de ses pas. Il allait et venait, tournant autour d'elle la scrutant. Il voulait l'hypnotiser, la rendre à nouveau sienne. Une atmosphère presque irréelle semblait s'établir entre eux deux. Dans cette petite chambre trop sombre, qui donnait sur les rues englouties de Venise, où aucune couleur semblait autorisée, tout le charme italien, toutes les splendeurs architecturales de ce pays s’engouffraient à travers les fenêtres se mêlant au vent. Tous les piliers de cette idylle étaient mis en place. Tout était parfait, ou presque...

 

Face à cette femme, il répéta ces mots:"Il me semble vous avoir déjà vu quelque part.". Elle ne répondit pas. Le même sourire timide était immobilisé à jamais sur cette toile. Il se recroquevilla face à la peinture de cette jeune fille, répétant sans cesse: "Il me semble vous avoir déjà vu quelque part."

Le Royaume du temps

 

Il était une fois le Royaume du Temps. Le temps n’était pas compté.  Chacun en disposait autant qu’il voulait. Les horloges n’existaient pas, ni les calendriers.

Le Roi adorait donner de grandes fêtes.  Les paysans, le boucher, le boulanger, … tous ses sujets venaient s’y amuser longtemps et la fête durait le temps qu’il faut.

Les enfants grandissaient à leur rythme. Le fermier regardait son champ pousser et avait le temps de s’occuper de sa femme et ses enfants.

Le temps s’écoulait sans fin, à profusion, il suffisait de le prendre.

 

Dans le Royaume voisin, il n’en était pas pareil.  Aucune source de temps ou si ténue que seules quelques petites heures s’écoulaient par ci, par là.  Le Roi jaloux décida de partir à la chasse du Temps.  Comme il n’avait pas le temps de réunir une armée, il appel à un guerrier réputé rusé et intelligent : le tueur de Temps.  Il lui ordonna de rendre la vie impossible aux habitants du Royaume voisin pour leur voler du temps et ainsi en récupérer pour eux.

« Sire, comptez trois jours et je serai de retour avec plus de temps que ne pourrez jamais en compter »

Le Roi hocha la tête à la fois confiant et impressionné par ce personnage redoutable.

 

Avant de prendre la route, le tueur de Temps se déguisa en médecin. Il se trouva un âne et au lever du soleil, il se dirigea vers le Royaume du Temps.